Jaguar Type E 3.8 1961 et Ferrari 550 Maranello 1996 le point de vue de Stefan Chaligné

35 ans séparent la 1ère Type de l’apparition de la 550 Maranello et pourtant la philosophie est semblable. Deux merveilleux dessins qui suscitent l’admiration plutôt que l’agressivité chez les passants et les usagers de la route.

Stefan Chaligne Cars Blog - 550 Maranello
De ces formes longilignes aux rares aspérités, avec des déports avant et arrière limités procèdent une séduction que l’on ne retrouve pas dans les travers des supercars d’aujourd’hui. Quant aux Ferrari 458, Porsche 911 et autres Lamborghini Gallardo elles sont trop ouvertement dédiées à la vitesse pour parvenir à occulter leur volonté de dominer l’espace routier. En réalité, elles ne sont plus les bienvenues en dehors des circuits.

La beauté esthétique des grandes GT, à l’image de la Type E et la 550 Maranello, génère un autre type de rêve, acceptable, presque accessible. Il n’y a plus cette emphase excessive sur la puissance excessive de leur mécanique. On met le doigt sur un autre paradoxe : une 550 Maranello lancée à pleine allure est moins choquante qu’une Porsche 997 Turbo dans le même exercice, alors que la première transgresse la loi dans des proportions similaires. Il est très probable qu’une Jaguar Type E suscitait la même réaction par rapport à une trop rare Ford GT40 Street version trop méchante, trop large, trop ouvertement musclée.

Stefan Chaligne Cars blog - Jaguar E Type 3.8

Le miracle de la Type E et de la 550 c’est de faire oublier grâce à la limpidité de leur dessin qu’elles faisaient partie des 4 ou 5 voitures les plus puissantes de leur époque avec respectivement 265 chevaux et 485 chevaux. Plus surprenant encore, dans la même famille, la Type E est un exercice de sobriété par rapport à la XK 150 de 1957 ; ne parlons pas de la transition de la 512 TR ( je suis pourtant un fan), voiture caricaturale et spectaculaire de l’ère disco, à la 550. La beauté automobile se doit de procéder d’une démarche simple pour être accepté par le public, sans maquillage outrancier. Où est cet équilibre magique ? Les autos des années 60, comme la Type E, sont un pic de l’histoire de la voiture de sport : elles sont utilisables à l’inverse des productions des années précédentes et elles n’ont pas le côté statutaire et trop luxueux des pièces de musée des années 30 ; Après 70, nous le savons que trop, les autos deviennent volumineuses et lourdes et seules des louches de chevaux vapeur font oublier l’émergence de l’électronique et le déficit d’agilité.

La 550 Maranello, même si ce n’est pas une ballerine fait référence à cet Eden perdu. Pourtant elle ne singe pas les décennies précédentes. C’est une voiture de son temps avec une identité forte. Elle est à la fois élégante et svelte et son intérieur est tout simplement somptueux sans tomber dans le tapageur : les compteurs Jaeger ont un affichage monochrome, ils s’intègrent sous une lunette délicatement courbée au cuir délicat. La sublime console centrale est tout aussi harmonieuse et sépare les magnifiques sièges à la finition cuir Daytona. Tout ceci fait écho à la Type E et sa légendaire console en aluminium posée entre les minimalistes sièges baquet adoucis par le cuir.

Faut-il être pessimiste sur les récentes tendances ?

La réponse est clairement non. Les courbes de poids ont commencé de s’inverser, le poids chute par centaines de kilos et les dessins s’affinent. Les dernières Jaguar Type F et Mercedes SL confirment ce retour vers l’âge d’or. Même la Lamborghini Avantador, aux proportions monumentales, fait preuve d’une certaine grâce en dépit de sa colossale puissance.